Orgues virtuels

Orgue virtuel : le principe

dimanche 7 mai 2006 par Pierre Jacquet

Avec les progrès des technologies de l’information, il est maintenant possible d’actionner en temps réel, c’est-à-dire avec une latence très faible (de l’ordre de quelques millisecondes), des échantillons de son à partir de claviers communiquant par des signaux midi avec un ordinateur doté d’une mémoire vive suffisante pour contenir ces échantillons. On peut donc construire un orgue "virtuel", en disposant d’un ensemble de claviers midi, d’un ordinateur équipé d’une bonne carte son, d’un amplificateur et d’enceintes.

Une étape importante a été franchie grâce au logiciel Hauptwerk développé au Royaume-Uni par Martin Dyde. Ce logiciel est capable de relier des enregistrements sonores effectués à partir d’orgues existants (une "bibliothèque" de plusieurs dizaines d’instruments existe d’ores-et-déjà, certains ayant une valeur historique réelle et une grande notoriété) aux signaux midi envoyés par la console midi (claviers et tirants de registres). Le réalisme est époustouflant. L’idée n’est pas de "remplacer" les orgues existants, mais à la fois de donner aux organistes un moyen privilégié de travailler chez eux en profitant de la sonorité et de l’ambience de ces instruments et, de façon plus générale, de "stocker" et faire mieux connaître et valoriser les grandes réalisations des facteurs d’orgues.

Plusieurs conditions sont cependant nécessaires :

- Une grande qualité des échantillons sonores : les orgues sont enregistrés tuyau par tuyau, dans leur environnement (réverbération comprise). Chaque son fait l’objet d’un enregistrement de plusieurs secondes, de façon à ce que la boucle nécessaire pour fabriquer un son continu ne soit pas perceptible.

- La taille de la mémoire vive de l’ordinateur : pour un accès en temps réel, il faut en effet que l’ensemble de l’échantillon sonore correspondant à un instrument donné soit chargé en mémoire vive. Les orgues les plus importants actuellement disponibles nécessitent plusieurs giga-octets de mémoire vive. Un giga-octet est un minimum, et suffit pour de petits instruments de quelques jeux

- La vitesse du processeur, qui conditionne la possibilité de jouer plusieurs notes sur plusieurs jeux simultanément. Une réverbération naturelle longue accroît le besoin de puissance du processeur. Les plus grands instruments disponibles nécessitent deux processeurs à double-coeur (par exemple, optéron 275) ou l’équivalent.

- La qualité des claviers midi utilisés. Plusieurs solutions sont possibles. Il me semble préférable de faire appel à un facteur d’orgues susceptible de fabriquer des claviers qui ressembleront à ceux que l’on trouve sur les "vrais" instruments (par exemple, le facteur allemand Hoffrichter développe de tels ensembles, notamment pour le logiciel Hauptwerk, avec une qualité indéniable mais avec des des délais aléatoires). Evidemment, rien ne peut remplacer la qualité et la précision des meilleurs touchers mécaniques. Mais on peut aujourd’hui s’en approcher suffisamment pour vraiment apprécier cette solution virtuelle, quel que soit l’attachement que l’on puisse avoir pour les meilleures transmissions mécaniques. Encore une fois, la solution virtuelle n’a pas vocation à se substituer aux réalisations des facteurs d’orgue.

En France, le logiciel hauptwerk et les consoles Hoffrichter sont distribués par la société EMA-CDDVD.

Un site allemand propose plusieurs enregistrements d’orgues digitaux disponibles sur le marché, facilitant ainsi la comparaison avec l’orgue virtuel sous hauptwerk.


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